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Cinquième édition du Morocco Today Forum : Les pistes pour renforcer la participation de la femme au développement

Retour en force deMorocco Today Forum (MTF), événement phare de «Groupe Le Matin». La 5e édition de ce forum, placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a inscrit la femme au centre de ses travaux. Le thème «La femme, actrice incontournable du développe ment du Maroc», choisi pour cette édition, confirme encore une fois le positionnement du MTF, qui a fait salle comble, comme plateforme de débat et de réflexion autour de sujets impactant le développement du Maroc et de la région. En effet, malgré le rôle qu’elle est appelée à jouer dans le développement du pays, la femme marocaine est très loin d’être économiquement intégrée. Dialogue social, employabilité des femmes, inclusion économique, violence à l’égard des femmes, scolarisation des filles… autant de sujets débattus lors de cette édition.

Nul doute que l’implication des femmes conditionne l’édification d’un Maroc digne et fort tel qu’il a été pensé par Notre Souverain. Depuis Son Accession au Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI n’a cessé d’insister sur le rôle central de la femme dans l’aboutissement au développement tant au Maroc qu’en Afrique». C’est avec ce rappel des Hautes Orientations Royales que le PDG du Groupe Le Matin, M. Mohammed Haitami, a ouvert les débats de la cinquième édition du Morrocco Today Forum (MTF), placée sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, et qui s’est tenue vendredi 2 décembre dernier à Casablanca sur le thème «La femme, actrice incontournable du développement du Maroc». Aujourd’hui, les femmes doivent toujours lutter, résister et faire leurs preuves pour accéder à une place qui leur échoit de droit, mais que la société leur refuse souvent. Aussi, faut-il se demander une fois de plus comment aspirer à atteindre le progrès si la femme est privée de certains de ses droits les plus fondamentaux et comment bâtir un Maroc inclusif si les femmes n’ont pas le pouvoir sur leur destin. Et comment peut-on concevoir un Maroc moderne alors que les femmes continuent de subir toutes sortes de violence et discrimination de tous genres ?

Chute du taux d’activité

Inégalité, analphabétisme, chômage, violence… C’est le quotidien d’une grande majorité de femmes au Maroc. Sur ce point, les statistiques inquiétantes du Haut-Commissariat au Plan (HCP) au
troisième trimestre de l’année en cours sont là pour attester de cette réalité. Le taux d’activité des femmes au Maroc, très bas il y a dix ans, a chuté de 5 points cette année à 19,3%. Pire encore, et en dépit que l’accès à l’enseignement soit garanti par la loi fondamentale du pays, plus de 40% des femmes sont analphabètes. Et 57% sont victimes de violences malgré l’existence de lois supposées les protéger. La situation étant ce qu’elle est, il faut bien avancer et trouver des solutions.


L’année sociale, l’est-elle pour la femme ? 

Et sur ce point et pour être juste, il faut bien reconnaître que des avancées ont été réalisées. Mais le Maroc veut plus, il est insatisfait de la situation actuelle de ses femmes, comme l’a si bien dit, lors du MTF, Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences. En effet, la femme marocaine est très loin d’être économiquement intégrée. Les chiffres ne renseignent pas toujours sur la qualité du travail. Ce qui peut renvoyer aujourd’hui au dialogue social entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Un équilibre économique entre l’offre et la demande du marché du travail doit être trouvé aussi bien au niveau du monde urbain que rural. Un travail a été fait dans ce sens, et un consensus a donné lieu à l’inscription de la réforme du code du travail pour juillet 2023. «C’est l’année sociale». Le travail sera fait dans les territoires, là où les femmes s’activent. La mesure de cette entreprise se fera par le biais d’un observatoire du climat social. Mais il est important que cette réforme soit structurelle. Le but, selon le gouvernement, est de libérer le potentiel de la femme tout en étant dans la compétitivité. Cette dernière doit se faire aussi par l’accompagnement des femmes auto-entrepreneures et des TPE féminines pour encourager les activités génératrices de revenus. Bien entendu, il faut aussi améliorer les conditions de travail tout en sensibilisant les partis politiques et les syndicats à la nécessité d’enclencher des dispositifs de réforme pour l’égalité des genres. Et comme l’argent est le nerf de la guerre, l’une des recommandations du MTF est de mettre en place des mesures fiscales pour avoir une politique genre au sein des entreprises. Les infrastructures et les dispositifs sécuritaires doivent être renforcés pour une plus grande émancipation économique de la femme. Pour faciliter l’accès à l’enseignement à la femme rurale, lui permettant une bonne inclusion économique, il est important que l’éducation et les infrastructures soient prises très au sérieux. Quant à la lutte contre les
violences économiques, les panélistes du MTF ont recommandé d’apporter des amendements à la loi. Il faut aussi faire diminuer les gaps entre les progrès des réformes institutionnelles et sociétales et la réalité des chiffres, tout en prenant en considération le renforcement des opportunités économiques, l’entrepreneuriat féminin et les dispositifs d’accès au financement adaptés aux femmes rurales et urbaines. Au niveau de la législation du travail, les intervenants ont mis l’accent sur la nécessité d’intégrer la flexibilité en termes de congé de maternité et des premières années de vie des enfants. Et pour permettre aux femmes de travailler, il faut réfléchir au développement de crèches privées et publiques.

Les deux mondes
Cela dit, il faut bien reconnaître qu’au Maroc, il y a deux mondes distincts, l’urbain et le rural. Le gap entre les deux est avant tout une question d’accès à l’enseignement et l’éducation qui est très difficile pour la femme rurale. Et le mariage des jeunes filles n’arrange pas les choses. En 2020, plus de 15% de ces dernières n’étaient pas scolarisées à cause du mariage. Le monde rural est complètement à l’écart. La raison est à chercher dans l’éducation et la formation ainsi que dans la conception culturelle. Sur ce point, les panélistes du MTF ont recommandé la généralisation du primaire et du préscolaire pour baisser le décrochage et l’échec scolaire. Il faut également que l’éducation des femmes soit un levier de développement de la famille et de la société et qu’elle soit
intégrée dans une conception plus exhaustive en tenant compte conjointement du scolaire et de l’extrascolaire. Bien évidemment, il faut lutter contre les raisons de l’abandon scolaire à tra vers le renforcement de la proximité, la limitation des violences à l’école et l’amélioration des conditions d’hygiène et de sécurité.


De l’intelligence artificielle et une école de la deuxième chance
Ce n’est pas tout. Il est aussi recommandé d’intégrer les technologies et l’intelligence artificielle et de mettre en place des indicateurs pour anticiper les risques d’abandon et de déperdition scolaire. En parallèle, il faut réduire le travail des filles avant l’âge légal et limiter les mariages précoces. Et pourquoi pas une école de la deuxième chance pour apprendre un métier aux filles ayant déjà décroché du système d’enseignement. Tout cela doit être accompagné d'investissements dans les infrastructures (transport scolaire, cantine...(.

Une violence à 2,85 milliardsde DH
Dans le monde urbain où la situation est plutôt «meilleure», le problème n’est pas éducationnel puisque 57% des lauréats lycéens sont des filles. Ce taux est de 50% au niveau des lauréats des universités… Donc le problème existe ailleurs. Ces femmes ne vont pas au travail pour plusieurs raisons. Il y a le harcèlement au travail, la violence, l’insécurité et le manque de moyens pour mettre les enfants à la crèche… Ceci sans oublier que les stéréotypes et autres considérations incrustés dans le collectif sociétal participent pleinement à ériger des rem parts empêchant leur développement.
En 2019, plus de 7,6 millions de femmes ont subi des violences. Un chiffre effrayant sans doute. Et selon les données de la DGSN, ce fléau, qui s’abat sur 38% des femmes âgées de 31 à 45 ans, n’est pas sans conséquences sur leur vie et leur avenir. Et il n’est pas non plus sans conséquences économiques. En effet, le coût global de la violence subie par les femmes est estimé à 2,85 milliards de DH, soit une moyenne de 957 DH par victime. Aussi, pour combattre ce fléau, les participants ont proposé de réfléchir à une vision globale pour promouvoir et protéger les Droits de la Femme. Ce qui veut dire qu’il faut apporter des réformes à toutes les lois et supprimer les articles discriminatoires. Sur ce dernier point, il faut bien comprendre qu’il faudra mettre en place une politique globale de lutte contre les discriminations et les violences à l'égard les femmes. Enfin, il est question d’élaborer des mécanismes de recours et de protection et de promouvoir la culture de l’égalité dans les différents secteurs de l’éducation. Les femmes doivent faire valoir leurs droits, oser faire des signalements de la violence et aller jusqu’au bout de la procédure. Aujourd’hui, beaucoup de femmes violentées n’osent pas le faire.