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Éducation et formation de la femme : beaucoup de progrès accomplis mais du chemin reste à parcourir

Véritable clé pour un Maroc prospère, la question de l’éducation et de la formation de la femme devient un enjeu prioritaire. Celle-ci se pose avec plus d’acuité dans le monde rural où les jeunes filles par exemple décrochent de l’école à défaut de pouvoir fréquenter un collège près de chez elles. Actuellement, des moyens importants sont déployés pour pallier cette situation en mobilisant d’importantes ressources matérielles, mais aussi en procédant à tout un travail de sensibilisation pour faire évoluer les comportements.


La dimension de l’éducation et de la formation de la femme ne fait plus de doute dans la logique du développement humain. L’équation est à vrai dire des plus simples : éduquer la femme pave la voie à l’éducation de l’enfant et donc au développement de tout le capital humain. En d’autres termes, et comme l’a souligné la représentante de l’UNICEF au Maroc, Speciose Hakizimana, «tout investissement ciblant les femmes se répercute en retour sur les enfants et partant sur le capital humain, principale richesse de tout pays». Docteur Hakizimana, qui intervenait lors du deuxième panel de la 5e édition du Morocco Today Forum (MTF), placée sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, et organisée par le Groupe Le Matin sur le thème «La femme, actrice incontournable du développement du Maroc», a également soutenu que «l’éducation de la femme constitue un levier pour assurer plusieurs droits aux enfants et à la société en général».

Éducation et formation de la femme : état des lieux

Pour le deuxième panel du MTF, sur le thème «L’éducation et la formation des femmes, la clé pour un Maroc prospère», c’est la question de l’éducation et de la formation des femmes qui a été au centre des échanges au regard de sa centralité pour un développement prospère du Maroc. Constat général : malgré les grands progrès réalisés ces dernières années, du chemin reste encore à parcourir et il faut gagner en efficacité surtout, particulièrement en milieu rural. Aujourd’hui, bien que le Royaume réserve un budget annuel de 60 milliards de dirhams au seul secteur de l’éducation, soit plus de 23% du budget général de l’État, et bien que le ministère de l’Éducation nationale soit le premier recruteur avec 15.000 à 20.000 embauches par an, des défis persistent encore, d’après le directeur de la stratégie, des statistiques, et de la planification auprès du ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, Adil Bajja. Le premier de ces défis, précise-t-il, porte sur un rééquilibrage territorial entre les milieux urbain et rural. Le deuxième défi, toujours d’après M. Bajja, consiste à réduire le taux d’abandon scolaire, qui touche actuellement 300.000 élèves, principalement en milieu rural. Cette déperdition, dont les filles sont les principales victimes, surtout à la fin du cycle primaire, est due à l’absence d’établissements secondaires près de leurs domiciles ou encore aux conditions d’hygiène pour celles qui commencent à avoir leurs menstruations, explique le Wali coordinateur national de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), Mohammed Dardouri.

La question de l’éducation de la femme doit être abordée aussi bien dans un cadre scolaire qu’extrascolaire

Pour la présidente exécutive du centre Al Mouvement-UM6P, membre du Conseil supérieur de l’Éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), Amal El Fallah Seghrouchni, «la question de l’éducation de la femme va au-delà du cadre scolaire. Il importe de la considérer de manière exhaustive en tenant compte tant du scolaire que du parascolaire». «Il faut imaginer de nouvelles solutions à un vieux problème qui est celui de l’autonomisation de la femme et de la fille», dit-elle. Et, comme pistes de réflexion, Mme El Fallah Seghrouchni estime qu’il faut se doter de meilleures données pour un meilleur diagnostic de la situation. «Il faut sortir des modèles prédictifs basés sur des données quantitatives. Aujourd’hui, nous avons besoin de faire des analyses très fines et un diagnostic qualitatif de la situation», affirme-t-elle, faisant observer que «même lorsque les filles arrivent à l’université, les compétences nécessaires pour se déployer au sein de cet établissement et faire des carrières brillantes leur font défaut». Aussi, Mme El Fallah Seghrouchni est pour la conception d’outils meilleurs que ceux qui existent aujourd’hui. «Nous avons besoin d’outils distributifs», relève-t-elle.

Scolarisation des filles : des chiffres en nette progression

Les chiffres en matière de scolarisation des filles ont nettement progressé, avec actuellement des taux de 72% en préscolaire (qui devrait atteindre 100% en 2027), de 100% en primaire (en milieu urbain et rural) et de 85% en secondaire (collégial et qualifiant). Les actions engagées par les pouvoirs publics ont ainsi permis de faire évoluer favorablement la situation, que ce soit par un élargissement de la tranche d’âge concernée par l’obligation de scolarité (4-16 ans au lieu de 6-15 ans précédemment), la construction d’écoles et le recrutement d’enseignants, ou encore le soutien à la scolarisation des enfants à travers le programme Tayssir, qui bénéficie aujourd’hui à 2,5 millions d’enfants pour un budget total de 2,7 milliards de dirhams. S’agissant plus précisément du préscolaire, qui concerne les enfants âgés de 4 et 5 ans, le ministère de l’Éducation nationale conduit un programme qui vise la création du préscolaire dans toutes les écoles primaires publiques, tandis que la phase III de l’INDH conduit un autre programme portant sur la création de 10.000 unités préscolaires dans le monde rural. «La IIIe phase de l’INDH vise à généraliser le préscolaire là où il n’y a pas d’école, c’est-à-dire dans 47.000 douars et localités rurales», a fait savoir dans ce sens M. Dardouri. Cette généralisation de la préscolarisation profite non seulement à la petite enfance, mais aussi aux femmes, dans la mesure où elles sont très largement majoritaires dans le corps éducatif. «Le personnel éducatif du préscolaire est composé à 85% de femmes dont l’âge est compris entre 25 et 40 et qui, pour la plupart, sont titulaires d’un diplôme de niveau bac+2», a indiqué dans ce sens le directeur général de la Fondation marocaine pour la promotion de l’enseignement préscolaire (FMPS), Aziz Kaichouh. Sur un autre volet, M. Kaichouh a noté que le problème de la parité ne se pose pas au niveau du préscolaire. «Même dans les zones rurales reculées, les parents n’ont aucune difficulté à amener leurs enfants dans les classes», a-t-il déclaré avant d’ajouter que le but poursuivi actuellement est de travailler sur le contenu éducatif du préscolaire. «Le contenu éducatif est celui qui façonne l’élève, l’adolescent et l’adulte de demain. C’est dans ce contenu que nous essayons d’intégrer toutes les questions d’équité du genre, de stéréotypes, d’images, de mots et de figures utilisés, mais aussi la manière de faire des activités pédagogiques au quotidien qui sont aujourd’hui 100% similaires pour les filles et les garçons», a expliqué le DG de la FMPS.

Le nombre d’écoles communautaires appelé à augmenter

Autre solution pour assurer la continuité de la scolarisation des filles : l’augmentation du nombre d’écoles communautaires. «Ces écoles qui étaient en 2019 au nombre de 170 s’élèvent désormais à 273 écoles. Implantées en milieu rural, elles dispensent un enseignement préscolaire et primaire, garantissent le transport scolaire grâce à des partenariats avec l’INDH et les communes, et assurent également les services de cantine et d’internat», a expliqué M. Bajja. «Et aujourd’hui, avec le modèle que nous sommes en train de développer, nous voulons même intégrer le collège dans ces écoles», a affirmé le responsable étant donné que, comme mentionné précédemment, l’absence de collège condamne souvent les filles des localités rurales à abandonner leurs études. Dans le même ordre d’idées, le Wali coordinateur de l’INDH a souligné que l’Initiative est aussi très impliquée avec le ministère de la Solidarité, de l’insertion sociale et de la famille pour appuyer la scolarisation des filles au-delà du cycle primaire à travers la construction de «Maisons de l’étudiante», la mise à disposition du transport scolaire et, aussi, en agissant sur le volet «santé scolaire» en procurant des kits d’hygiène aux jeunes filles qui commencent à avoir leurs premières règles. L’INDH opère également rigoureusement pour un changement de comportements. «Les politiques publiques et les offres, quelles qu’elles soient, seraient inefficaces si la demande ne suit pas», a souligné M. Dardouri, précisant qu’«aujourd’hui, l’INDH agit sur les freins à l’émancipation des femmes, qu’ils soient d’ordre culturel ou liés aux infrastructures (routes, accès à l’eau potable...)».