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Effectivité des droits des femmes : Une révolution des mentalités s’impose

«Malgré la réalisation d’importants progrès en matière d’accès des femmes à leurs droits fondamentaux au Maroc, beaucoup reste à faire, et de nombreux défis restent à relever en vue d’atteindre l’effectivité de l’égalité telle qu’elle est consacrée dans la Constitution», a indiqué Aawatif Hayar lors de son passage à l'émission «L’Info en Face», organisée en marge de la 5e édition du Morocco Today Forum, vendredi 2 décembre, par le Groupe Le Matin sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, sur le thème «La femme, actrice incontournable du développement du Maroc». Exprimant son attachement aux valeurs humaines de modernité fondée sur l'esprit d'ouverture, l'innovation et le respect des fondamentaux, la ministre a clairement affiché sa volonté d'œuvrer activement pour contribuer à l’amélioration de la situation des filles et des femmes dont un nombre non négligeable souffre encore de l'analphabétisme qui dépasse les 40% et d’un niveau élevé d’inactivité qui avoisine les 80%. Pour elle, l’émancipation des femmes et l’accès équitable aux droits fondamentaux n'est pas fondamentalement une question de législation et de textes juridiques, mais une question d’éducation, de changement de mentalités et de prise de conscience de son impact réel. «Il apparait aujourd’hui nécessaire d’accompagner la société pour qu’elle évolue et prenne conscience de la vraie définition de l’égalité.

Certains parlent d’égalité, mais en pratique ils sont loin de s'être engagés à fond dans ce sujet», explique la ministre, invitant tout un chacun à faire un travail sur soi et à s’interroger sur les moyens de s'impliquer concrètement dans cette cause. L’invitée de Rachid Hallaouy estime, par ailleurs, que toutes les parties prenantes -gouvernement, société civile, partis politiques familles, écoles… - sont appelées à jouer pleinement leur rôle de sensibilisation pour lutter contre toutes les stéréotypes et les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Les leviers à activer

Revenant sur la faible participation socio-économique de la femme marocaine et son épanouissement en général, l'intervenante appelle à s'attaquer sérieusement à ce problème persistant en activant plusieurs leviers d'actions prioritaires. «Le Maroc a mis en œuvre, durant les dernières années, plusieurs plans gouvernementaux, mais les résultats de leur évaluation montrent que les objectifs en matière d’effectivité de l’égalité n’ont pas été atteints», regrette Mme Hayar. Pour avancer dans ce débat, ajoute-t-elle, il devient nécessaire de mutualiser des forces vives pour obtenir les résultats voulus, en commençant par le budget-temps des femmes leur permettant d’améliorer leur bien-être. Dans le même ordre d’idées, la ministre a également mis l’accent sur le rôle de l’éducation et de la scolarisation des filles notamment dans le monde rural, fer de lance de la stratégie de lutte contre les inégalités fondées sur le genre. «Des progrès majeurs ont été réalisés pour améliorer l’accès à l’éducation et accroître les taux de scolarisation, en particulier pour les filles. Mais beaucoup reste à faire dans les zones rurales», souligne la militante. Parmi les autres mesures citées par Mme Hayar figure «la réforme du congé paternité de 15 jours rémunérés» qui a pour objectif de promouvoir les droits des fonctionnaires, tous sexes confondus, leur permettant de concilier vie privée et professionnelle, conformément au principe de coresponsabilité sur lequel repose la famille marocaine.

Une mesure qualifiée par l’intervenante d’«audacieuse» et de «très encourageante» visant à libérer un peu le temps des femmes et impliquer les pères dans le processus de garde de la petite enfance, en attendant sa généralisation dans un avenir proche.

Vers de nouveaux horizons

Lors de ce débat, Mme Hayar a également affirmé la détermination de son département à poursuivre les efforts pour la promotion des droits de la femme sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. À ce propos, la ministre a rappelé que depuis son accession au Trône de ses glorieux ancêtres, le Souverain a placé la promotion des droits de la femme parmi les grandes priorités. Dans ce sens, un grand nombre d’avancées juridiques ont été réalisées, parmi lesquelles la Moudawana en 2004, qualifiée de vraie révolution. «Bien évidemment, dix-huit ans après, la société et les familles évoluent impliquant d’aller vers de nouveaux horizons», précise la ministre, et ce à travers une nouvelle génération de réformes inclusives, conformément aux Orientations royales.

À la question de savoir s’il est nécessaire de passer par le consensus pour amorcer une nouvelle génération de réformes beaucoup plus modernes et modernistes, l’intervenante assure qu'une «Majorité» qui promeut la modernité dans l’inclusion sociale et la promotion des droits des femmes existe déjà. «Une chose est sure, les réformes dans n’importe quelle société se font avec les composantes de cette société. Un processus est déjà lancé impliquant tous les acteurs pour avancer, significativement, en matière d'accès des femmes à leurs droits et surtout au niveau de la participation de la gent féminine dans le développement du Maroc», rassure Mme Hayar. Concrètement, ajoute-t-elle, il faut produire des idées, des thèses politiques possibles et atteignables pour aller de l’avant. Pour ce faire, et une fois encore, la mobilisation du gouvernement, des intellectuels, des partis politiques, de la société civile, des médias… reste de mise pour arriver à un consensus qui prend en considération l’ouverture de notre pays sur les valeurs universelles, mais aussi dans le respect des fondamentaux de la «Oumaa» et des orientations de notre religion. Il s’agit d’une responsabilité collective qui devait être assumée dans l'intérêt commun de la communauté. «Dans le spectre de l’égalité se trouve énormément de choses qui sont claires, mais il y a aussi beaucoup à faire en matière de l’“Ijtihad” toujours dans le respect des valeurs et des fondamentaux», dit-elle. L’idée est de conduire le changement, mais sous réserve de sa compatibilité avec les fondamentaux qui guident les prises de décisions. La militante est convaincue que les efforts de toutes les forces vives de la Nation vont converger vers des solutions concrètes, en s’armant d’ouverture d’esprit et en évitant les dogmes. Ce débat était une occasion, pour la ministre, de rappeler que le Royaume du Maroc a été félicité par le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) pour les actions volontaires prises par le Maroc afin d’améliorer les droits des femmes, notamment le relèvement de l’âge légal du mariage et l’affirmation du principe d’égalité des hommes et des femmes dans les relations familiales.