Vers le Haut

Actualités

Insertion économique : Comment redresser les taux d'activité et d'emploi des femmes

L’insertion économique des femmes est une condition pour le développement du pays. Et la 5e édition du Morocco Today Forum, organisée vendredi dernier, par Groupe Le Matin, sur le thème «La femme, actrice incontournable du développement du Maroc» a été l’occasion de faire le point sur les avancées en la matière, réalisées par le Royaume. Malgré ces avancées, sur la question du travail de la femme, «nous cultivons, en tant que gouvernement, une insatisfaction», reconnaît Younès Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, lors de sa participation au panel «L’insertion économique des femmes, «un must» pour l’édification du Maroc inclusif». Ainsi, sur le plan des réalisations, le ministre rappelle que pour la première fois de l’histoire du pays, il a été possible d’inscrire «des réformes de fonds avec des dates précises», notamment celle du Code du travail pour 2023. Le programme Awrach, lancé en janvier dernier, affiche, pour sa part, des résultats prometteurs. Au bout de 6 mois d’exercice effectif, ce programme qui vise la création d’une activité professionnelle temporaire a permis l’insertion de 100.000 personnes avec un salaire équivalant au SMIG dont 69% n’ont aucun diplôme. Sur ce nombre, Sekkouri annonce un taux de 25% de femmes insérées dans des métiers qui ne sont pas traditionnellement et intuitivement occupés par elles. «Des chantiers de nouvelle génération basés sur l’immatériel, l’école ouverte, pensée avec le ministère de l’Éducation, des chantiers pour faire travailler des femmes et des hommes sur de l’animation sportive et un travail de numérisation qui a attiré beaucoup de femmes» ont été imaginés comme solutions pour atteindre ce taux. Par ailleurs, insiste Sekkouri, un Code du travail, intégrant le travail partiel, le travail à distance et «tous les aménagements nécessaires qui vont au-delà de ce qu’une loi va prévoir», permettrait de libérer le potentiel du travail de la femme.

Rural-urbain : à chaque monde ses barrières

En attendant, le taux d’emploi des femmes continue de baisser : «16,3% en 2020 contre 23% il y a 10 ans et 25% 10 ans plus tôt», rappelle Ghita Lahlou, PDG de Saham Outsourcing Fund. Conséquence : le Maroc perd des places dans le classement international Global Gender gap index : 148e sur 156 pays en 2021. Plusieurs obstacles se dressent devant l’amélioration ce taux. Parmi eux, les us et coutumes : «Au constat de 2020, 15% des petites filles n’étaient pas scolarisées parce qu’elles subissaient le mariage des mineurs», souligne Lahlou. Par ailleurs, les freins au développement de la participation de la femme à la vie économique varient en fonction du lieu de vie. Le monde rural est en écart par rapport au monde urbain pour des raisons «essentiellement éducationnelles et de formation mais également culturelles», explique Lahlou. Dans le monde urbain en revanche, le taux de diplomation des femmes est élevé : 55% dans le lycée, dans l’enseignement supérieur, 50% des femmes sont diplômées dans la science, l’ingénierie et de la technologie et 60% dans le monde de la gestion. Il ne s’agit donc pas d’une problématique d’enseignement au Maroc, selon la PDG de Saham Outsourcing Fund. C’est après les études que beaucoup de femmes ne travaillent pas, parce qu’elles l’ont décidé ou parce qu’elles n’ont pas le choix. Elles doivent souvent faire face à des problématiques comme celles «du harcèlement, de la sécurité au travail, de la sécurité sur les espaces publics, de la sécurité dans les transports des crèches», affirme Lahlou. En gros, explique-t-elle, «il y a un changement de valeur qui fait qu’une femme au travail, y compris dans les catégories sociales les plus élevées, est moins valorisée qu’une femme qui s’occupe de sa famille et de ses enfants et qui développe des valeurs familiales». Pour la PDG de Saham Outsourcing Fund, «le problème n’est pas dans la connaissance de la solution, mais dans notre capacité à la mettre en œuvre». Parmi les solutions qu’elle cautionne, l’école de la 2e chance et les quotas : «l’expérience a démontré que les quotas sont vraiment indispensables» pour favoriser la participation de la femme à la vie économique du pays. À cela s’ajoutent l’auto-emploi et les espaces communautaires ainsi que des mesures fiscales qui aident les entreprises à mettre en place des politiques «genre» plus affirmées. Des solutions doivent adresser également la violence et le harcèlement. Sur ce registre, Lahlou propose de mettre la violence psychologique au même niveau que les autres violences.

L’éducation, levier de promotion économique de la femme

L’inactivité résulte d’un déphasage entre les progrès sociétaux et des réformes. Pourtant, elle reste «un choix, pas une fatalité. C’est le résultat de plusieurs facteurs qui se conjuguent qu’il faut comprendre pour prévoir des mesures, des programmes et des actions», avance Khalid Soudi, directeur de l’observatoire des conditions de vie de la population au Haut-commissariat au Plan (HCP). L’éducation reste tout de même un levier incontournable de la promotion de la femme : «80% des femmes sont dans une situation d’inactivité. Ce taux est de 44% auprès des femmes diplômées», souligne-t-il. Par ailleurs, la charge de travail au foyer d’une femme active sur le marché du travail constitue un des freins à son développement professionnel : 4h30 en moyenne par jour. À cela s’ajoutent le poids de la doxa, des stéréotypes et les représentations sociales de l’emploi de la femme sur lesquels un travail doit être réalisé à toutes les étapes scolaires.

Un travail sur les freins socio-culturels est à réaliser

Pour Fosca D’incau, Private and Finance Analyst Gender Focal Point (PNUD), le renforcement des opportunités économiques pour les femmes repose sur 3 éléments : l’employabilité, avec un emploi décent, l’entrepreneuriat féminin et l’accès au financement. En plus de ces freins au développement de la participation des femmes au développement, elle pointe du doigt les «préjugés notamment par rapport à la capacité des femmes à prendre des risques dans l’entrepreneuriat. Ces stéréotypes sont une barrière importante !» et donne pour exemple la décision, au sein du PNUD, de mettre en place un sceau d’égalité des genres : «Nous offrons notre accompagnement aux entreprises dans ce sens», partage D’incau. Sur le plan de la lutte contre la violence, D’incau révèle 3 campagnes de crowdfunding pour appuyer 3 associations de la société civile à lancer leur propre campagne notamment dans la prévention contre les violences économiques, deuxième forme de violence la plus commune au Maroc. Pourtant, «il n’y a presque aucun pays qui a pu avoir un développement économique et social soutenable sans une augmentation de la participation des femmes dans la vie économique», affirme, de son côté, Jesko Hentschel , directeur Pays pour le Maghreb et Malte, Banque mondiale. Pour le Maroc, les estimations vont de 25 à 50% d’augmentation de PIB si la participation des femmes à la vie économique était plus soutenue, rappelle le responsable. Garde des enfants, sécurité des transports, Code de la famille, Inclusion financière et perception socioculturelle sont les principaux freins évoqués par l’expert. «Une enquête a démontré que les facteurs socio-culturels, subjectifs, comptaient pour 32% alors que ceux structurels l’étaient pour 57%», souligne Hentschel. Travailler sur le volet structurel avec des programmes est important. Le faire aussi sur les questions socio-culturelles l’est tout autant, recommande le représentant de la Banque mondiale.