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La technologie est appelée à être un élément essentiel du processus éducatif

Certes la 5e édition du Morocco Today Forum, événement du Groupe Le Matin, qui s’est tenue vendredi 2 décembre à Casablanca, a permis de dresser un état des lieux des avancées réalisées pour que la femme soit une actrice à part entière du développement du Maroc, mais il a aussi rappelé, à travers les débats qu’il a abrité, notamment autour de l’éducation-formation, la place dévolue aux filles dans l’école, et donc, le Maroc de demain.

Outre la réforme de la Moudawana et le rôle de la gent féminine dans la réalisation des objectifs du nouveau modèle de développement (NMD), l’émancipation de la femme doit-elle avant tout passer par l’école ? «L’éducation est un élément, mais l’éducation n’est pas que l’école, elle est plus large», indique Amal El Fallah Seghrouchni au micro de l’émission «L’info en face» du Groupe Le Matin, en marge de la 5e édition du Morocco Today Forum, organisée vendredi 2 décembre dernier par le Groupe. L’édition de cette année, placée sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, avait pour thème «La femme, actrice incontournable du développement du Maroc».

Selon la Présidente exécutive du Centre d’intelligence artificielle du Maroc, relevant de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), «tout l’environnement de la fille et de la femme fera en sorte que son insertion et son apport à la société seront déterminants». Ce n’est pas la faute de l’école si une fille ne peut pas s’y rendre, mais peut-être est-ce dû à un problème de transport. Un exemple parmi d’autres pour démontrer que la problématique doit englober les nombreux éléments qui gravitent autour de l’accès à l’éducation. «Nous ne pouvons régler de problème systémique en agissant sur un élément du système. La société est un système», poursuit-elle.

En somme, tous les éléments qui le composent doivent converger et être en synergie. «Nous avons besoin de solutions nouvelles à ce problème récurrent et pérenne qu’est celui de l’émancipation de la fille et de la femme. J’entends par là qu’il faut travailler sur les outils, les pratiques (qui doivent être disruptives) et il nous faut un meilleur diagnostic de la situation». Les rapports, nationaux ou internationaux, sur l’état de l’éducation au Maroc ne manquent pourtant pas. Selon celle qui est aussi membre du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, il serait judicieux de «placer les choses dans un cadre systémique et voir quelles sont les interactions entre les différents rapports, chiffres et éléments. Je pense que nous devons poser un diagnostic beaucoup plus fin, qualitatif, avant d’élaborer des modèles prédictifs».

L’intelligence artificielle, l’avenir de l’école ?

Si l’école est l’un des moyens essentiels pour garantir à la femme d’occuper sa place dans la société, elle n’est pas une finalité en soi. Dans le même temps, l’une des priorités du ministère de tutelle est de réduire le taux de décrochage scolaire de 30% à l’horizon 2030. Pour celle qui est aussi membre de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’UNESCO, il serait judicieux de s’attarder sur la mise en place d’outils qui permettent de rendre l’école plus proche des enfants. «Je pense que le digital et l’intelligence artificielle peuvent nous permettre d’améliorer sensiblement la qualité de l’enseignement». Le chantier demande du temps tandis qu’il y a urgence. «Je dirais qu’il ne faut pas attendre et s’y atteler tout de suite avec les moyens dont nous disposons. Je pense aussi que la formation peut être virale». Amal El Fallah Seghrouchni en veut pour preuve l’apparition de la Covid-19 et la contagion de toute la planète avec un facteur multiplicatif de dix. «Si nous avons des formateurs qui forment des formateurs et ainsi de suite, nous devrions pouvoir former un million de personnes. C’est mathématique. Nous pouvons mettre en place une offre exponentielle de la formation grâce au digital». Si pour le décrochage scolaire, l’un des blocages récurrents qui empêchent de le solutionner est celui de la ténacité de certaines mentalités dans le monde rural notamment, «il est plus facile de connecter le monde rural à la fibre optique que d’y changer les mentalités», confie la Présidente exécutive du Centre d’intelligence artificielle du Maroc. «Je milite pour une stratégie nationale d’intelligence artificielle parce que je pense qu’il s’agit d’un outil formidable pour que toutes et tous aient accès à l’éducation».

Réforme de l’éducation, il y a urgence

Pour Amal El Fallah Seghrouchni, le chantier de l’éducation doit être appréhendé selon une approche holistique. Celle-ci «doit être motivée par l’objectif à atteindre pour le Maroc : être une Nation où règne la connaissance». Elle rappelle que «toutes les études convergent vers une chose : à l’horizon 2030, 60% des métiers seront cognitifs». Ainsi, ne pas avoir bénéficié d’une bonne éducation, ne pas savoir manipuler les chiffres et les lettres entraineront une exclusion automatique du marché de l’emploi de demain. Pour celle qui est membre du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, «nous n’avons pas le choix, et il n’est pas trop tard».