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Les violences à l’égard des femmes, une pandémie qu’on ne peut éradiquer sans changer les mentalités

Le troisième panel du Morocco Today Forum (MTF), organisé vendredi 2 décembre à Casablanca, a porté sur la violence à l’égard des femmes en tant que défi majeur pour le Maroc de la dignité et de la modernité. Les intervenantes ont fait savoir que la violence physique est la forme de violence la plus répandue. Elles ont également insisté sur l’importance de changer les mentalités pour arrêter ce fléau.

La violence à l’égard des femmes et des filles est la violation des droits humains la plus répandue dans le monde. Son élimination constitue un défi majeur pour le Maroc. Malgré tous les moyens dont dispose le pays pour vaincre ce fléau, il continue de faire plusieurs victimes chaque année, «c’est comme si on avait tous les ingrédients mais que nous n’arrivons toujours pas à mettre au point la bonne recette», a souligné Ihssane Benbel, journaliste et membre du Comité Parité et Diversité de 2M, lors de son intervention au troisième panel du Morocco Today Forum qui a porté sur le thème «La lutte contre les violences, un défi majeur pour le Maroc de la dignité et de la modernité».

Les intervenantes à ce panel ont commencé par rappeler qu’au Maroc, la violence à l’égard des femmes a touché plus de 7,6 millions de femmes en 2019, soit 57,1%.

Mariama Laraki, Commissaire Divisionnaire, Chef du Service des Affaires portant atteinte à la Famille à la Direction générale de la Sureté nationale (DGSN), a affirmé que la tranche d’âge qui subit le plus de violence est la tranche d’âge active. «D’après les statistiques de la DGSN, 38% des femmes âgées de 31 à 45 ans sont touchées par la violence. Ces actes ont évidemment des conséquences sur leur vie personnelle mais aussi professionnelle -interruption du travail, invalidité…- cela les prive de leur droit de travailler et de participer ainsi au développement du pays. Mais l’édification d’un Maroc de dignité et de développement ne peut pas se faire sans la participation effective de la femme dans tous les domaines», a déclaré la responsable. Cette dernière a également partagé quelques nouvelles statistiques de DGSN. Elle a ainsi fait savoir que la violence physique représente la forme de violence à l’égard des femmes la plus répandue avec 38% des cas déclarés en 2021, suivie de la violence psychologique avec 26% des cas, la violence économique (25%), la violence sexuelle (9%) et la violence numérique avec 2%. «Nous avons noté ces dernières années une recrudescence du nombre de déclarations d’actes de violence contre les femmes, car celles-ci sont aujourd’hui plus sensibilisées à leurs droits», a précisé Mariama Laraki. Elle a également indiqué que la DGSN a mis en place 133 cellules d’écoute des femmes victimes de violence au niveau de la police judiciaire et 448 autres au niveau des arrondissements de police. «Les personnes chargées d’accueillir les femmes victimes de violence dans ces centres ont été formées pour mieux soutenir ces femmes, les sensibiliser à leurs droits et les orienter».

Au cours de ce panel, on a également rappelé que le coût global de la violence faite aux femmes est estimé à 2,85 milliards de DH, soit une moyenne de 957 DH par victime. Amina Lotfi, présidente de l’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM), estime que la révision de certaines lois est indispensable pour vaincre ce fléau. «Les stratégies et plans d'action gouvernementaux existants ne permettent pas de protéger toutes les femmes et de réduire le taux de prévalence de la violence dans notre pays. Plusieurs d’entre elles, surtout dans le milieu rural, ont des difficultés à porter plainte ou à accéder à la justice», a-t-elle souligné. «Ce n’est pas normal que nous disposions d’autant de moyens et d’outils pour vaincre ce fléau et que les chiffres soient toujours aussi choquants. Il faut mettre en place une approche globale, intersectorielle et concertée pour protéger les femmes contre toutes les formes de violence et de discrimination. Cela suppose d’harmoniser toutes les lois et politiques publiques avec les engagements nationaux et internationaux du Maroc», a assuré la présidente de l’ADFM.

De son côté, Aawatif Hayar, ministre de la Solidarité, de l’insertion sociale et de la famille, a passé en revue les principales réalisations de son département en matière de lutte contre la violence à l’égard des femmes. «Le ministère vient de terminer l’évaluation du deuxième Plan gouvernemental de l’égalité (PGE 2). Cette évaluation nous a permis d’identifier les points sur lesquels il faut insister dans l’élaboration du PGE 3. Notre département a, par ailleurs, consacré cette année un budget de 200 millions de dirhams pour la réhabilitation et la mise en place de plus 80 centres de lutte contre la violence à l'égard des femmes à travers le pays. Une enveloppe supplémentaire a été débloquée pour financer les associations qui gèrent ces centres. Nous avons, en outre, fait l’évaluation de la loi 103.13 de lutte contre la violence à l’égard des femmes et nous partagerons bientôt les résultats de cette évaluation avec les acteurs de la société civile pour définir ensemble les moyens de l’améliorer».

Par ailleurs, les intervenantes à ce panel étaient toutes d’accord à penser qu’il faut fournir plus d’efforts pour évoluer les mentalités. «La violence à l'égard des femmes est une véritable pandémie. C’est la discrimination la plus répandue et la plus partagée par les femmes dans le monde entier. Elle traverse toutes les sociétés, toutes les cultures et tous les espaces de vie. Il est primordial d’intervenir sur le changement des normes sociales en tant que partie intégrante de toute stratégie qui vise à prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes. En effet, l’accent devrait être mis sur la déconstruction des rapports traditionnels déséquilibrés entre les hommes et les femmes qui contribuent à reproduire une culture de la domination des hommes sur les femmes et légitimer ainsi les violences», a déclaré Leila Rhiwi, Représentante de l'ONU femmes au Maroc.